Jacaranda – la réconciliation entre la mémoire et l’oubli

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Jacaranda – la réconciliation entre la mémoire et l’oubli

L’automne 2024. Comme toutes les années, le prestigieux Prix Goncourt est attribué à un roman écrit en français et publié par un éditeur francophone après trois sélections d’un jury composé des auteurs francophones les plus célèbres. Après la sélection médiatisée, partout dans le monde les jurys d’étudiants étrangers se plongent dans les quatre œuvres de la dernière sélection pour choisir leur roman préféré.

Pour la première fois, le Choix Goncourt de la Scandinavie – un jury composé des représentants étudiants des universités scandinaves – a récompensé le prix ainsi que l’honneur à une auteure francophone. C’était également la première foisqu’un groupe d’étudiants a représenté l’Université de Copenhague dans la compétition littéraire.

Parmi les œuvres discutées se trouve le roman scénique Jacaranda (2024) par l’écrivain et rappeur franco-rwandais Gaël Faye. Le roman est un récit du génocide bestial des Tutsi perpétré par les Hutu, de la quête de paix et des répercussions traumatiques. Même après les vingt-six années que couvre le récit, les personnages restent accablés par des blessures psychiques et une honte héritée de génération en génération.

La parution de Jacaranda intervient huit ans après le premier roman de Gaël Faye Petit Pays, le best-seller qui évoque le génocide rwandais à travers les yeux d’un garçon de dix ans. De fait, Jacaranda peut être considéré comme son prolongement thématique, abordant les conséquences du massacre en posant des questions fondamentales : Comment consoler celui qui ne peut pas l’être ? Comment faire pousser la réconciliation à partir d’un souvenir douloureux et d’un oubli silencieux ? Comment faire parler le muet ? 

L’enfant étranger

Le récit se déploie à Versailles, où vit Milan, un garçon de douze ans, avec son père français et sa mère rwandaise. Malgré son regard pur et naïf, l’enfant révèle son obsession pour le passé mystérieux de sa mère. Le silence le fait se sentir seul, comme s’il n’appartenait pas vraiment à sa propre famille. Milan s’accommode de cette solitude jusqu’à ce que Claude, un proche parent du Rwanda, arrive à Paris seul et blessé.

Milan et Claude ont le même âge, pourtant une distance de maturité les sépare. Milan a grandi dans la sécurité d’une banlieue parisienne, tandis que Claude a senti sur son propre corps la violence du génocide. Il a vu sa famille anéantie et se trouve désormais dans un pays dont il ne parle pas la langue et dont il ignore la culture.

La découverte de ses racines rwandaises ouvre néanmoins l’esprit de Milan : soudain, il n’est plus le seul étranger dans sa famille. Avec la légèreté d’une voix enfantine, Milan raconte la naissance d’une amitié avec Claude et la protection fraternelle.

Le retour au Rwanda

Bientôt, Milan se retrouve seul à nouveau. Il oublie ses racines jusqu’à quelques années plus tard, lorsqu’il accompagne sa mère en voyage au Rwanda. Ici, il rencontre pour la première fois sa grand-mère, l’amie de sa mère, Eusébie, et sa fille, Stella. Petit à petit, Milan commence une quête pour découvrir la véritable histoire de sa mère. 

Milan a la possibilité d’oublier, contrairement aux autres personnages du roman. Aux yeux de ses proches rwandais, il n’est qu’un garçon blanc, né d’une femme blanche. Cependant, Milan choisit de partir à la recherche de la mémoire et plus tard, il s’installe au Rwanda, obsédé par sa poursuite de la vérité.

Le jacaranda, dont le roman porte le titre, se trouve dans le jardin d’Eusébie et de Stella. Cet arbre incarne la réconciliation. Pour Stella, née après le génocide, l’arbre est une source de réconfort : c’est sous sa couronne de fleurs qu’elle vient se réfugier quand le passé devient trop lourd.

Rythmes de rap

Gaël Faye raconte les crimes du génocide et la fureur de la haine sans jamais prendre parti. Il dissèque des souvenirs personnels sans violence ni sentimentalité excessive. Tout au long du roman, le language reste simple et élégante. Quelquefois, on perçoit les rythmes du rappeur qui battent au cœur du texte et qui invitent le lecteur à une danse de mots. De cette manière, il raconte l’histoire d’une guerre oubliée et les blessures qui marqueront la conscience des Rwandais pour toujours. 

Grâce à son humanité, le roman ouvre un espace de réflexion et d’émotion où l’on peut interroger la nécessité de la mémoire collective et de l’oubli, ainsi que la consolation malgré tout.

Car, comme le conclut Milan, âgé de 37 ans en 2020, les mains serrées autour de l’urne de sa mère : 

… Je sens alors des mains me caresser le dos, des voix me consoler, des présences me réconforter. Je ne suis pas seul. Je ne suis pas seul. (p. 282).

Gaël Faye, Jacaranda (2024), Grasset. 288 sider.

Artikel på fransk bragt i Stud.mag., februar 2026.